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21/02/2014 - Challenges
Comment vit-on... à l'Imprimerie nationale

Sur le site ultrasécurisé de Douai, sanctuaire des pièces d’identité, la numérisation et le plastique obligent l’encre et le papier à s’effacer.

La guérite vitrée à l’entrée de l’Imprimerie nationale à Douai, dans le Nord, est un vestige de l’ancien temps. Aujourd’hui, le contrôle des entrants se déroule dans un cube de béton blindé. La sûreté et la sécurité sont devenues les maîtres mots de la vénérable institution, née en 1640 sous Louis XIII. Depuis, elle imprime pour le compte de l’Etat et des administrations.

«Ça, c’était avant, raconte avec une pointe de nostalgie un salarié qui a débuté dans les années 1970. Maintenant, quand vous entrez dans les ateliers, ça ne sent pas l’encre. Une imprimerie qui ne sent pas l’encre, ce n’est plus une imprimerie.»

Il faut dire que l’Imprimerie nationale est une rescapée. Le site s’étendait auparavant sur 70 hectares, contre 40 aujourd’hui. L’annuaire papier autrefois fleuron de l’entreprise, à disparu avec l’arrivée du numérique. Le formulaire Cerfa2042, ou déclaration de revenus, représente encore des millions de pages à imprimer. Mais, là encore, la télédéclaration menace le papier. Restent les bulletins de vote.

«Cette année, il va nous falloir être très organisés, reconnaît Didier Trutt, le PDG. Les municipales tombent en même temps que l’impression des déclarations de revenus. Même si nous n’imprimons pas tous les bulletins de vote, il va falloir anticiper pour que tout soit prêt.»

Savoir-faire exporté

De chaque côté du bâtiment court une frise de barbelés électrifiés.

«Vous ne voyez pas tout, confie un gardien. Tout est surveillé en permanence, même le sous-sol. Par exemple, nous mesurons en temps réel la hauteur de l'eau dans les égouts. A la moindre anomalie, une alarme se déclanche.»

Si un document disparaît, les issues sont verrouillées, le personnel est fouillé, et les équipes de sécurité, constituées exclusivement d’employés de l’Imprimerie nationale, n’abandonnent pas avant d’avoir trouvé.

Ni les annuaires ni les formulaires du fisc ne méritent un tel déploiement de sécurité. Mais c’est ici que sont fabriquées toutes les pièces d’identité, aussi bien les passeports biométriques à puce que les nouveaux permis de conduire au format d’une carte de crédit.

Grande fierté de l'Imprimerie nationale : sa capacité à imprimer sur du plastique.

«Nous avons déposé plusieurs brevets, souligne Cédric Cwynar, directeur de l’innovation. Nous sommes devenus un spécialiste reconnu dans ce domaine.»

Résultat: l’Imprimerie nationale exporte son savoir-faire dans 23 pays. Si peu de gouvernements sont prêts à sous-traiter la fabrication des pièces d’identité, certains, tel le Gabon, ont acheté clés en main une chaîne de fabrication complète.

«Nous démarchons aussi l’Asie» signale Didier Trutt.

Il faut dire que l’Imprimerie nationale affiche un taux dérisoire de malfaçons: pour la fabrication de 250000 passeports en 2013, seuls 5 ont dû être refaits.

A l’intérieur, pas de stress inutile. L’espace est largement suffisant pour abriter les 550 personnes à l’œuvre sur le site. La fabrication est largement automatisée. Chaque pièce est réservée à une tâche particulière –impression papier, fabrication du passeport, pose de la puce… Impossible d’entrer dans une salle sans passer par un minuscule sas dans lequel il est interdit de pénétrer à deux.

«Avant, c’était plus convivial, se souvient un salarié. On pouvait aller d’un atelier à l’autre, dire bonjour aux collègues. Aujourd’hui, nous portons tous un badge qui n’ouvre que les portes des pièces où nous sommes appelés à travailler.»

Un centre d’appels actif

Les métiers évoluent eux aussi. Le call center occupe désormais autant de place que la fabrication.

«De l’autre côté du mur sont conçus les badges et les cartes à puce, commente une jeune femme. Ici, nous traitons les demandes de quelque 800000 chauffeurs routiers, dont nous fabriquons les cartes professionnelles. Ils peuvent demander leur document directement en ligne, par Internet ou par téléphone. Nous nous chargeons aussi de la hot line pour le renouvellement des cartes en cas de perte.»

L’activité du call center n’est pas près de se réduire. Potentiellement, tous les agents de l’Etat sont susceptibles d’être munis de ce document plastifié leur servant de badge d’accès ou de carte de cantine. Mais dans cette course au numérique, les salariés de Douai retrouveront bientôt un air d’antan. En mars, l’Atelier du livre, historiquement installé à Ivry, y sera transféré. On pourra de nouveau imprimer à l’ancienne et sentir l’odeur de l’encre à l’Imprimerie nationale.


Les locaux de l’Imprimerie nationale à Douai.
Le site, qui s’étend sur 40 hectares, est en permanence surveillé.

Imposante institution

579 employés.

155 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2012.

Pièces fabriquées à l’usine de Douai: passeports,cartes grises,permis deconduire,titres de séjour européens,cartes d’agents (police, gendarmerie, défense…), bulletins de vote.


Auteur : Paul Loubière

Photos : Stéphane Lagoutte pour Challenges

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