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14/09/2009 - Les Echos
Didier Trutt : un second souffle pour l'Imprimerie Nationale

D'aucuns auraient renoncé, se seraient fait porter pâle devant ce mur d'épines. Didier Trutt n'a pas envisagé une seconde de battre en retraite. Sa nouvelle position d'imprimeur des titre sécurisés (cartes, passeports, visas, permis de conduire, etc.) le flatte. Ce colosse aux manières douces est fier d'inscrire son nom dans l'histoire de cette institution fondée en 1640 par le cardinal de Richelieu sous le nom de Manufacture royale d'imprimerie. Cinq siècles plus tard, l'établissement a pourtant perdu de son lustre. Installée dans des locaux anonymes de la Porte Maillot, séparée de son patrimoine, son fameux cabinet des poinçons, exilé à Ivry, l'Imprimerie Nationale est en rémission, mais le malade est ultrafragile.
Au bord du dépôt de bilan en 2004, recapitalisée par l'Etat, restructurée drastiquement par le précédent président, qui a divisé les effectifs par trois, l'entreprise publique n'affiche pas encore la productivité ni la rentabilité qui pourraient garantir sa pérennité. Plus grave, en juillet, le procureur de la République de Paris a ouvert une information judiciaire pour « corruption, abus de biens sociaux et recel d'abus de biens sociaux ». Dès 2000, des pots-de-vin auraient été versés pour décrocher des marchés dans plusieurs pays, dont la Roumanie, le Sénégal et la Syrie.
Arrivé à l'Imprimerie le 24 août, Didier Trutt n'apprendra la nouvelle que sept jours plus tard, via la presse. Le même jour, il adresse au personnel une lettre ouverte, écrit noir sur blanc qu'il ne se défilera pas. Depuis, il a retroussé ses manches afin d'imposer l'établissement sur le marché ultraconcurrentiel des produits sécurisés.

Aguerri chez Thomson
L'industriel a tiré les leçons des échecs de Thomson dont il a partagé le destin chaotique durant vingt-cinq ans. Laminé par la concurrence asiatique, le groupe, premier fabricant de téléviseurs dans les années 1990, ferme son activité phare en 2044. C'est au Niçois, alors en charge des opérations tubes, que revient la tâche, douloureuse, de liquider la division composants.
Son histoire avec le fleuron national avait pourtant bien commencé. Les dix premières années sont heureuses. Envoyé en 1987 à Singapour puis à Bangkok, l'ingénieur est chargé d'organiser la production pour la région Asie. Avec le rachat de Telefunken, dune marié visite la région avec son épouse, devenue guide touristique. Ses deux aînés verront le jour en Asie, le petit dernier à Paris.
Le retour en France et plus difficile. En 1996, le groupe, surendetté, manque d'être cédé à Daewoo pour un franc symbolique. In Fine recapitalisé par l'Etat, Thomson Multimedia doit couper dans ses coûts. Le vice-président des opérations tubes apprend à rationaliser, il ouvre des usines en Chine et en Pologne, en ferme d'autres aux Etats-Unis. Dès lors, son périmètre ne cessera de fluctuer à l'image du groupe qui change peu à peu de physionomie, se spécialise dans les décodeurs et les équipements vidéo. A partir de 2005, le directeur général adjoint gère les achats, les systèmes d'information et la stratégie industrielle d'une entité qui a tellement évoluée que les dirigeants ne se connaissent pas entre eux. A chaque réunion, il doit se présenter...
A l'Imprimerie Nationale, il n'est pas noyé dans la masse. Il est même le numéro un, ce qui le rend, à quarante-neuf ans, enfin libre.

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