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IN Groupe, Le droit d’être soi

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14/05/2014 - Le Monde
L’Imprimerie nationale ou la transfiguration d’une vieille dame

L’Imprimerie nationale, vénérable institution qui a failli trépasser au tournant du millénaire, se voit aujourd’hui comme une entreprise presque ordinaire. Transformée en 1994, il y a tout juste vingt ans, en société anonyme, détenue à 100 % par l’Etat, elle s’apprête à verser dans les prochaines semaines le premier dividende de son histoire.

Plus qu’un symbole, ce chèque de 5 millions d’euros, qui sera fait à l’Etat, révèle à quel point l’héritière du premier « Imprimeur du roi pour le grec », institué en 1538 par François Ier, s’est transformée. Dirigé depuis 2009 par Didier Trutt, le Groupe Imprimerie nationale (c’est désormais son nom) a réalisé, en 2013, un chiffre d’affaires de 164,2 millions d’euros, en hausse de 6 % en un an, et un bénéfice net de 20 millions d’euros, en légère baisse par rapport aux 21,2 millions de 2012. Surtout, après avoir été pendant des décennies synonyme de repli d’activité et de destruction d’emplois, la société à la salamandre est redevenue créatrice d’emplois.

Devenir une entreprise normale.

Les bureaux, refaits à neuf, dominent la Seine dans le 16e arrondissement de Paris. C’est ici, à deux pas de la Maison de la radio, que le nouveau siège de l’Imprimerie nationale s’est installé il y a deux mois. Les mètres carrés supplémentaires gagnés par rapport aux locaux de la porte Maillot (17e arrondissement) traduisent l’aisance reconquise par l’entreprise. Le précédent déménagement, il y a dix ans environ, avait été traumatique : il signait l’abandon du site historique de la rue de la Convention (15e arrondissement) et un plan de restructuration qui devait réduire des deux tiers les effectifs de la société. Elle comptait alors 1 600 salariés. Ils sont aujourd’hui un peu plus de 600, pour la plupart sur le site industriel de Douai (Nord).

« C’est comme si on avait gardé la façade d’un monument historique de 500 ans, mais qu’on avait tout changé derrière », résume Didier Trutt

Depuis 2013, il communique sur les performances financières de l’entreprise où l’on parle ratio d’excédent brut d’exploitation (16,5 % du chiffre d’affaires en 2013, soit un doublement par rapport à 2009) et profitabilité (12,5 % du chiffre d’affaires).

Certes, près de 60 % de l’activité concernent encore des marchés captifs pour l’Etat, comme les passeports ou les feuilles d’impôt des 31 millions de foyers fiscaux, mais 40 % sont réalisés dans le domaine concurrentiel par appels d’offres de collectivités locales ou d’administrations, et avec quelques entreprises privées.

Proposer de nouveaux services.

L’obsession de l’Imprimerie est d’élargir ses marchés. Une partie de son activité historique d’impression pour le compte de l’Etat est structurellement décroissante quand une autre partie, croissante, est mise en concurrence. M. Trutt, ingénieur venu de l’électronique – il a fait sa carrière chez Thomson avant d’être nommé PDG –, s’appuie d’abord sur les compétences techniques de cette vieille maison : impression sur du polycarbonate, maîtrise de l’électronique qui vient enrichir le document, de l’infrastructure de gestion de l’identité qui vient autour, normes de sécurité et de conservation des données, etc.

L’Imprimerie nationale propose des solutions clés en main aux Etats étrangers. Une première plate-forme d’édition et de gestion multititres (passeports biométriques, visas…) a été livrée au Gabon en novembre 2013 et des négociations sont avancées avec d’autres pays d’Afrique et du Moyen-Orient.

Présente depuis 2002 auprès des transporteurs routiers par délégation de service public pour éditer et gérer les cartes à puce de 800 000 chauffeurs pour les chronotachygraphes installés dans les poids lourds, la société se positionne sur le futur marché de la dématérialisation des titres de transport de marchandises. Elle travaille, au sein du consortium constitué en 2012 dans le cadre des « investissements d’avenir », à l’élaboration d’une plate-forme numérique qui couvrirait l’ensemble de la chaîne logistique.

L’Imprimerie nationale, qui a pris pied dans la santé en gagnant en 2012 le contrat du ministère pour la carte des professionnels de santé, lorgne le marché des collectivités locales. Pour être commercialisée, sa plate-forme de services à la demande autour des cartes professionnelles, testée à Lille, devrait obtenir, cet été, la certification de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information.

Innover et travailler avec des partenaires.

Si la tradition est entretenue avec l’Atelier du livre d’art (une dizaine de salariés) et le patrimoine historique conservé avec le cabinet des poinçons, lui aussi déménagé à Douai, les nouvelles technologies sont au cœur de la stratégie. Les investissements en recherche et développement représenteront 5 millions d’euros en 2014, tandis que les autres investissements totaliseront 12 millions.

L’Imprimerie ne fait pas tout toute seule et travaille avec de nombreux partenaires comme Gemalto, Oberthur, Thales ou Sopra. « Nous sommes un intégrateur de services de confiance et de solutions de sécurité », plaide M. Trutt.

Présent depuis 2011 au capital de SPS, une société spécialisée dans une technologie sans contact pour cartes à puce, le groupe de Didier Trutt en a pris le contrôle, le 7 mai, en passant de 15 % à 51 % du capital. Une première ! SPS réalise quelque 60 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 130 salariés.

« Nous pouvons prendre des participations dans des entreprises positionnées sur des technologies qui nous intéressent, comme la mobilité ou les logiciels de gestion de flux », explique le PDG, aujourd’hui âgé de 54 ans. Le but est de prendre un ticket pour comprendre une technologie, quitte à aller plus loin s’il se confirme que cela peut constituer un élément important des services proposés par l’Imprimerie nationale.

Auteur : Jean-Baptiste Jacquin, Chroniqueur économique


Une activité organisé autour de quatre offres

Les métiers. L’Imprimerie nationale a organisé son activité autour de quatre offres : les titres sécurisés régaliens (passeports, permis de conduire…), son métier historique ; les solutions en matière d’identités professionnelles ; la gestion des données sensibles (cloud sécurisé) ; enfin, la gestion des flux graphiques et numériques (éditique et cloud printing).

Les volumes. Lancé le 16 septembre 2013, le nouveau permis de conduire électronique devrait être édité à 3 millions d’exemplaires personnalisés, dès la première année. Quelque 5 millions de passeports électroniques et biométriques sont produits chaque année. Environ 20 000 certificats d’immatriculation de véhicules (cartes grises) sont fabriqués chaque heure.

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