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IN Groupe, Le droit d’être soi

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12/07/2010 - Agence AISG
Interview de Didier Trutt : « L'Imprimerie Nationale est intégrateur de technologies, opérateur de services et fournisseur de solutions sécurisées »

« Depuis mon arrivée à sa tête en septembre 2009, j'ai repositionné l'entreprise autour de trois métiers de la sécurité et de la confiance », déclare Didier Trutt, P-DG d'IN Groupe.

Dans un entretien à AISG, il revient sur ces trois métiers : authentification des personnes et des biens, fourniture de services graphiques pour la gestion de documents administratifs et fiscaux et sécurisation de la dématérialisation des processus. L'ancien directeur général adjoint du groupe Thomson revient sur les relations de l'Imprimerie Nationale avec des groupes comme Gemalto, Sagem ou Oberthur. Pour Didier Trutt, « ce sont des partenaires plutôt que des concurrents », puisque l'Imprimerie est un « intégrateur » des meilleures technologies du moment, par exemple dans le passeport biométrique. Interrogé sur l'éventuel développement de la carte d'identité électronique, le P-DG indique que son entreprise est techniquement prête. Plus généralement, il se dit prêt à « étendre l'offre de services » aujourd'hui fournis, notamment pour sécuriser l'ensemble de la chaîne de délivrance de document d'identité.
L'imprimerie Nationale, devenue une société de droit privé à capitaux d'État en 1993, s'est fortement réorganisée et développée au cours des dernières années. En 2000 ont été produites les premières cartes à puce. En 2002, l'Imprimerie est chargée par délégation de service public de produire et de délivrer les cartes du chronotachygraphe (carte des conducteurs routiers). Et en 2005 elle a réorganisé ses activités autour des documents sécurisés destinés principalement aux États. En 2006, le Conseil d'État a empêché le ministère de l'Intérieur de confier la fabrication partielle du passeport biométrique à Oberthur, confirmant le monopole octroyé à la société par la loi du 31 décembre 1993 (1). Les ateliers fiduciaires ont ensuite été rassemblés sur le site unique de Douai (Nord), et entièrement modernisés et sécurisés.

AISG : Quelles sont aujourd'hui les activités de l'Imprimerie Nationale et en quoi ont-elles évolué ?
Didier Trutt : Aujourd'hui, IN Groupe, c'est 15 millions de titres sécurisés par an, 650 000 cartes à puces pour le chronotachygraphe obligatoire dans les poids lourds et les cars, 20 000 passeports par jour en période de pointe, 20 000 certificats d'immatriculation à l'heure, sans parler des cartes d'agents de l'État, des chèques, des permis de conduire, ou des flux sécurisés de factures et de feuilles de paie dématérialisées. IN Groupe est à la fois un intégrateur de technologies, un opérateur de services et un fournisseur de solutions sécurisées.Depuis mon arrivée à sa tête en septembre 2009, j'ai repositionné l'entreprise autour de trois métiers de la sécurité et de la confiance. Nous sommes experts dans l'authentification des personnes et des biens et nous sommes missionnés par l'État qui a confirmé notre monopole pour la réalisation des documents officiels d'identité (1). Forts de notre expérience d'imprimeur depuis cinq siècles, nous avons développé une plateforme de services graphiques pour la gestion, clés en main, de documents administratifs et fiscaux. Et nous accompagnons de plus en plus la dématérialisation, en offrant des solutions sécurisées d'hébergement, de traçabilité, de gestion de la preuve à nos partenaires institutionnels et privés, aux administrations comme aux entreprises.

AISG : Qui sont vos clients ?
Didier Trutt : Des ministères (Écologie, Santé et Sport, Intérieur, Défense, Budget…), des acteurs publics et para-publics (ANTS, La Poste, Onisep, SNCF), des banques (Société générale, Crédit agricole…) et des sociétés privées (groupe Chèque déjeuner, France Telecom, Schneider Electric…). On nous imagine trop souvent encore travaillant avec nos poinçons et nos livres ! C'est une partie noble de notre activité à l'Atelier du livre d'art et de l'estampe, mais ce n'est pas la seule, loin de là. Notre site industriel près de Douai est aussi un joyau du savoir-faire français à la pointe des technologies. Nous avons, par exemple, travaillé sur des cartes électroniques pour la gendarmerie nationale, afin de sécuriser l'accès aux infrastructures ou aux systèmes d'information (signature électronique, enregistrement des accès). Ces cartes devraient être livrées dans les prochaines semaines. Elles peuvent être déclinées dans d'autres professions exposées.

AISG : Vous présentez l'Imprimerie Nationale comme un intégrateur de technologies. Qu'entendez-vous par là ?
Didier Trutt : Prenons l'exemple du passeport biométrique. Nous superposons des couches multiples de sécurité en un véritable millefeuille. Nous intégrons une puce et une antenne, des hologrammes, des technologies de cryptographie, de la biométrie… C'est un concentré des technologies les plus performantes du moment et elles sont françaises. Nous nous assurons qu'il n'y a pas mieux sur le marché. Si nous constatons qu'un produit peut être amélioré par une nouvelle technologie, nous n'hésitons pas à y recourir.

AISG : En 2006, le Conseil d'État a empêché le ministère de l'Intérieur de confier la fabrication partielle du passeport biométrique à Oberthur, confirmant votre monopole (1). Vos fournisseurs ne sont-ils pas aussi vous concurrents désormais ?
Didier Trutt : Ils sont plus nos partenaires que nos concurrents. Depuis la confirmation en 2006 du rôle central exercé par l'Imprimerie Nationale sur la conception et la réalisation des titres régaliens (passeport électronique, mais aussi CNIE dans le futur) nous avons démontré notre capacité à assurer notre mission de fournisseur régalien, en qualifiant, puis intégrant toutes les technologies concurrentes du marché. Ainsi, le passeport français est-il produit avec trois types de composants électroniques fournis par les trois leaders français de ce domaine. Gemalto, Oberthur ou Sagem ne sont donc pas nos concurrents, mais des fournisseurs clés dont l'activité à l'exportation s'appuie d'abord sur la référence française, que nous leur fournissons. Et nous travaillons avec eux sur certains chantiers de normalisation au niveau européen, tout comme, de plus en plus, à l'exportation. Le positionnement de l'Imprimerie Nationale comme intégrateur « agnostique », mais également opérateur de services, est en effet directement complémentaire de ces grands équipementiers électroniques, qui disposent chacun de technologies propres sur lesquelles ils s'affrontent.

AISG : Justement, où en est le projet de carte nationale d'identité électronique et quel rôle comptez-vous jouer (AISG n°807 et n°649) ?
Didier Trutt : Techniquement et industriellement, nous sommes prêts. Nous avons élaboré des prototypes. Nous sommes en mesure d'intégrer les meilleures technologies pour la rendre infalsifiable et sûre, nous les avons testées, nous avons étudié la faisabilité des différentes options possibles. Mais la décision ne nous appartient pas. Nous sommes des industriels au service de l'État et du citoyen. Il est question depuis 2005 de développer en France une CNIE . Si la réflexion se prolonge trop longtemps, la France risque de prendre du retard dans ce secteur. Nous ne pourrons pas défendre les technologies françaises sur le marché international si nous n'avons pas de projet dans notre propre pays.
L'une des difficultés était liée au nouveau support : une carte plastique en polycarbonate à la place du papier. L'ANTS, l'Imprimerie Nationale et plusieurs industriels ont donc travaillé pour obtenir la même qualité fiduciaire que pour un papier d'identité classique. L'autre volet du développement consistait à rendre cette carte « intelligente », c'est-à-dire à lui permettre de fournir des services comme l'authentification sur internet et la dématérialisation de certains processus administratifs. Avec l'architecture retenue, capable d'abriter deux puces sur un même support hautement sécurisé, nous garantissons l'ensemble de ces fonctionnalités.

AISG : Vous faites de la sécurité du site de l'Imprimerie et de ses processus une priorité, pour autant la fraude documentaire ne s'éteint pas (AISG n°181). Comment lutter contre ce phénomène ?
Didier Trutt : Notre processus industriel est sécurisé, les failles se situent plus naturellement en amont de notre intervention. Cela dit, nous travaillons de plus en plus, dans le cas du passeport, en partenariat avec l'ANTS pour le renforcement de la sécurisation de l'ensemble de la chaîne d'enrôlement et de personnalisation des titres. Pour d'autres titres, l'Imprimerie s'est même vue confier la délégation de la totalité du service public sur l'ensemble du processus, depuis la demande de titre jusqu'à sa livraison à la personne concernée. C'est notamment le cas du chronotachygraphe ou, plus récemment, de la carte de qualification conducteur. Ainsi, nous sommes prêts à étendre notre offre de services. Nous pourrions, par exemple, proposer au citoyen de stocker dans un coffre-fort numérique personnel, accessible à lui seul, son titre numérisé, réutilisable à première demande, en cas de perte ou de vol.

AISG : Quelles sont vos relations avec l'ANTS ?
Didier Trutt : En France, les processus de délivrance de documents fiduciaires sont sécurisés par l'Imprimerie et l'ANTS, dont le rôle principal est la standardisation et la définition de solutions interopérables. À l'avenir, nous avons vocation, de plus en plus, à être un partenaire de l'ANTS.

AISG : Quels sont les enjeux pour l'Imprimerie Nationale dans les années à venir ?
Didier Trutt : Le développement du monde numérique nous impose de monter en compétence, car les contraintes de sécurité augmentent. L'archivage pérenne de données personnelles ou sensibles, le développement de coffres-forts numériques, la garantie de la valeur probante des documents numérisés nous mobilisent tout particulièrement.

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