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06/11/2016 - La Papeterie
Interview de Didier Trutt : « L’utilisation de nouvelles technologies de sécurités intégrées ouvre la voie à des papiers plus intelligents »
Article publié dans le magazine “La Papeterie” (ENP Publishing Group) – N° 345 – Octobre-Novembre 2016

Didier Trutt, P.-d.g. de l’Imprimerie Nationale, interviendra lors de la table ronde organisée à Grenoble. Il livre ici sa vision de la transformation numérique dans ses métiers ainsi que ses projets avec le Centre technique du papier.

La Papeterie : Comment l’Imprimerie nationale aborde-t-elle le thème de la transformation numérique vis-à-vis de ses process et de ses clients ? S’agit-il d’une menace ou d’une opportunité ?

Didier Trutt : D’une menace, la transformation numérique est devenue une opportunité et une réalité au quotidien pour l’Imprimerie Nationale qui s’est totalement transformée au cours de ces dernières années, devenant une entreprise numérique innovante à vocation internationale. Plus d’un tiers de nos 700 employés est ainsi dédié au développement de technologies novatrices. Nous offrons un large éventail de solutions de titres régaliens personnalisés et sécurisés – devenus progressivement numériques –, de gestion globale des identités et des droits, de protection et archivage des données sensibles et de pilotage de flux documentaires complexes. Aujourd’hui, l’Imprimerie Nationale est présente sur toute la chaîne de valeur de l’identité numérique : composants, produits, systèmes et services. D’une numérisation subie, qui a entraîné une contraction depuis plusieurs années du marché de l’imprimerie traditionnelle, la dématérialisation est à présent perçue comme l’opportunité pour les entreprises de générer de nouveaux services, notamment numériques. L’un des axes de notre stratégie consiste à proposer de tels services à nos clients, qu’il s’agisse de services construits autour de produits existants à la sécurité “augmentée” ou couvrant leurs processus métiers ou encore de services innovants. Dans les faits, nous constatons que tous ces services contribuent au maintien et au renforcement de nos activités d’impression traditionnelle (impressions sécurisées, éditique…). Quant à nos clients, nous les accompagnons dans leur transformation numérique en leur apportant des solutions intégrées, centrées sur leur besoin au sein de leur éco-système, qui leur assurent l’optimisation de leur propre chaîne de valeur et de leurs coûts. Ces solutions leur permettent également d’industrialiser et de renforcer la sécurité de leur processus métier (enrôlement, instruction et gestion du cycle de vie), tout en améliorant leur taux de service, et d’améliorer la sécurité intrinsèque de leurs titres et documents.

La Papeterie : Quelles actions avez-vous déjà mises en oeuvre ou projetez-vous de mettre en oeuvre s’agissant des gains de productivité, de votre organisation ou du pilotage des flux ?

Didier Trutt : En 2014, l’Imprimerie Nationale a lancé le projet “Douai 2.0” afin de soutenir sa croissance et sa transformation dans le monde numérique. Ce projet repose sur quatre dimensions, prises en compte en permanence dans chacun de ses chantiers : la satisfaction client (organisation en Unités Autonomes de Production, avec pilotage visuel et technique de “Lean Manufacturing”…), une meilleure productivité pour une maîtrise des coûts (optimisation des organisations et des flux physiques et logiques…), l’amélioration de l’utilisation des ressources et de l’environnement de travail par et pour les collaborateurs (développement de la polyvalence et des compétences…), et enfin le développement durable pour une activité industrielle qui s’engage pour la planète et l’environnement (écoconception…).
Il s’agit d’une réflexion en profondeur sur l’organisation de l’ensemble de nos activités et de notre site de Douai dont le futur s’inscrit dans une logique de performance durable. Pour faire le lien avec ce qui précède, ce projet intègre, par exemple, un volet important concernant l’industrialisation de nos activités d’ingénierie, notamment dans le cadre du développement de services pour nos clients.

La Papeterie : Ce projet “Douai 2.0” a-t-il déjà modifié vos Business Models et votre chaîne de valeur ?

Didier Trutt : Les actions engagées dans le cadre de ce projet “Douai 2.0” répondent à quatre objectifs clés : mettre le client au coeur de notre organisation et notre organisation au service du client, adapter la capacité de production pour la France et l’international, anticiper l’évolution de nos métiers et, enfin, permettre la mobilité et favoriser le développement des compétences. Ces actions ont enrichi notre offre avec des produits et services à plus forte valeur ajoutée. Elles permettront, par exemple, d’optimiser la personnalisation des titres et des documents, qui sont au coeur de nos offres “Titre” et “Impression sécurisée”. Cela fait effectivement évoluer notre Business Model de BtoB vers du BtoBtoC, et nous positionne donc de manière plus forte sur la chaîne de valeur. Nous sommes aujourd’hui capables de proposer des services complets à nos clients, qui couvrent toutes les étapes de leurs processus métiers, de la capture des données individuelles (portail, vidéo codage…), à la délivrance des produits aux professionnels ou aux usagers, tout en nous appuyant sur nos points forts en matière de gestion de données personnelles, de confidentialité de ces données, de process industriels, et en conservant une part d’impression traditionnelle.
Parmi nos dernières réalisations, nous pouvons citer le service de délivrance du Certificat Qualité de l’air, mis en place et opéré par l’Imprimerie Nationale. Ce service permet aux usagers de demander ce certificat, en ligne, de manière totalement dématérialisée, et de recevoir directement à leur domicile le support papier sécurisé, imprimé et personnalisé sur le site de production de Douai. Il s’accompagne d’un Centre d’appels pour répondre aux questions des usagers.


La Papeterie : Les conditions de travail de vos salariés et vos besoins en formation ont-ils été modifiés par la transformation numérique ?

Didier Trutt : En interne, la dématérialisation, déjà très ancrée, a pris un nouveau tournant avec la généralisation de l’usage de notre système d’authentification et d’accès à nos SI (offre Pass’IN), permettant la signature électronique authentifiée des documents et l’impression sécurisée, par exemple. Nous avons mis en place une plate-forme de collaboration, qui permet de décloisonner l’information et qui facilite la collaboration sur les projets par une mise à disposition en temps réel de toutes les informations disponibles et leurs mises à jour. Allié aux outils de vidéo-conférence, cela accroît notre efficience dans la gestion des activités multi-sites. La transformation numérique a changé les métiers industriels avec l’introduction de systèmes d’information de production dans les ateliers. Elle a également permis l’émergence de nouveaux process “Métiers” autour de la numérisation des documents (vidéo-codeurs) et de la gestion des flux (intégrateurs d’applications, employés de numérisation). Elle a aussi conduit à une augmentation très significative de nos infrastructures informatiques et des métiers qui lui sont dédiés : intégrateurs et administrateurs systèmes, chefs de projets. Cette évolution est, depuis plusieurs années, un des axes majeurs de notre politique de formation qui inclut des formations aux nouveaux outils, méthodes et modes de travail.

La Papeterie : Qu’attendez-vous de vos fournisseurs de papiers ?

Didier Trutt : Dans un monde de plus en plus mobile et numérique, l’authentification des produits, la sécurité des données et les services proposés sont devenus des enjeux majeurs. Nous constatons tous les jours l’augmentation du niveau d’exigences en matière de sécurité des plus grands donneurs d’ordres, et leur intérêt pour l’innovation dès lors que celleci trouve des applications simples et concrètes dans leur environnement. Nous constatons également au quotidien le poids de l’innovation, tant pour les produits que pour les services, dans les succès remportés par les industriels sur ces marchés. C’est à ce titre que l’évolution vers des papiers, et plus généralement, des matériaux ou des produits “plus intelligents”, prend tout son sens pour enrayer le déclin de l’impression traditionnelle. Nous attendons donc, a minima, de nos fournisseurs, le même niveau d’innovation et de compétitivité de leur offre que celle que nous apportons à nos clients.
Le Certificat Qualité de l’Air est, une nouvelle fois, une illustration pertinente de ce schéma : initialement prévu et donc présenté comme une “nouvelle vignette autocollante”, ce certificat a fait l’objet d’une réflexion approfondie partagée par les équipes du ministère de l’Ecologie et de l’Imprimerie Nationale pour aboutir à une solution sécurisée complète répondant à l’ensemble des besoins explicites et implicites liés aux usages du produit :
• Un flux de commande dématérialisé pour l’usager à travers un portail,
• Un certificat sécurisé, conçu et imprimé à l’aide d’outils et de technologies sécuritaires éprouvées, permettant de lutter efficacement contre la fraude,
• Un certificat, intégré dans son courrier d’accompagnement,
• Une personnalisation du certificat et du courrier intégrant un Cachet Electronique Visible envoyé directement à l’usager.
L’utilisation de nouvelles technologies de sécurités intégrées ouvre donc également la voie à des papiers plus intelligents. Le Cachet Electronique Visible (CEV), signature électronique issue du standard 2D-Doc, consiste à insérer un code à barres 2D emportant les informations-clés du document (le type de document, la marque du véhicule, son immatriculation, etc.). Ces informations sont verrouillées par une signature électronique du hash de ces données, qui garantit l’identification de l’organisme émetteur et l’intégrité du document. Il contribue bien sûr à la lutte contre la fraude documentaire et permet désormais d’interroger, en temps réel, une base de données pour garantir l’authenticité et la validité du document et de son environnement (émetteur, données-clés…) via une application mobile. Cette convergence des sécurités physiques et logiques ouvre la voie à une nouvelle réalité, celle du document augmenté : évolutif, infalsifiable et connecté.

Avec le Cachet Electronique Visible (CEV), la convergence des sécurités physiques et logiques ouvre la voie à une nouvelle réalité, celle du document augmenté : évolutif, infalsifiable et connecté.


La Papeterie : Précisément, en matière d’innovation, vous êtes un partenaire de longue date du Centre technique du papier. Sur quels sujets travaillez-vous ensemble ?

Didier Trutt : L’Imprimerie Nationale est effectivement un partenaire historique du CTP, dont elle assure la vice-présidence. Nous travaillons en étroite collaboration sur le projet d’électronique imprimée pour les imprimeurs-transformateurs (EIPIT). Soutenu par l’Uniic et la région Hauts-de- France via l’Union européenne, ce projet collaboratif regroupe une vingtaine d’entreprises. Sa vocation est triple : rapprocher la R&D “Electronique imprimée” et l’industrie; créer des passerelles pour des applications grand public et renforcer la position de l’industrie graphique sur ce marché naissant. Selon IDTechEx, le marché de l’électronique imprimée représentera un C.A. de 80 Md$ à l’horizon 2020, dont 12 Md$ accessibles aux imprimeurs-transformateurs. L’antenne du CTP dédiée à ce projet pourrait être utilement localisée à proximité du site douaisien de l’Imprimerie Nationale. Ce projet va permettre de développer des synergies entre la R&D du CTP et le monde industriel de l’Imprimerie Nationale et de disposer de passerelles immédiates entre nos entités en développant un véritable Pôle de compétences français sur l’électronique imprimée.

Propos recueillis par Valérie Lechiffre

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