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IN Groupe, Le droit d’être soi

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01/12/2009 - Caractère
Interview de Didier Trutt Cette entreprise a un fort potentiel

Retour sur l'Imprimerie Nationale avec son nouveau patron, Didier Trutt.
L'Imprimerie Nationale a pris un nouveau départ. En se recentrant sur son cœur de métier mais en investissant aussi des niches très techniques, en plein développement. Après des années difficiles, de lourdes pertes et un plan de restructuration drastique qui s'est traduit par le départ de près de 1 000 salariés et la cession d'une grande partie de son outil industriel, elle réalise aujourd'hui un chiffre d'affaires de 130 millions d'euros avec 550 salariés.

Caractères : Difficile de ne pas évoquer l'information judiciaire ouverte à l'encontre de l'Imprimerie Nationale. Quel est votre sentiment sur ce sujet ?
Didier Trutt : Le contexte est difficile mais je suis confiant dans l'avenir de cette entreprise et déterminé à défendre sa réputation et son savoir-faire. J'ai appris, par la presse, qu'une information judiciaire « tait en cours, quelques jours après ma prise de fonction. Je n'ai aucun commentaire à faire. L'instruction est en cours. Je rappellerai simplement que les dossiers concernés par l'enquête datent du début des années 2000 et que c'est un audit, demandé par l'Imprimerie nationale elle-même, à un cabinet extérieur indépendant, qui est à l'origine de cette enquête.
J'ai été nommé fin août, en conseil des ministres, pour un mandat de cinq ans. Comme je l'ai écrit aux salariés, dès mon arrivée, je me suis personnellement engagé à respecter, à la lettre, le code d'éthique de l'entreprise, qui condamne fermement toute dérogation à la législation nationale et aux conventions internationales pour obtenir des marchés. L'entreprise a certes connu des années difficiles mais elle s'est redressée. Ma mission est de consolider ce retour à l'équilibre et de rendre opérationnel son fort potentiel de développement.

C : Autre dossier délicat, s'il on en croit les syndicats, le reclassement des salariés concernés par les plans sociaux. Où en est-on aujourd'hui ?
D.T. : L'Imprimerie Nationale va continuer à accompagner les salariés licenciés qui n'ont pas retrouvé d'emploi. J'y suis personnellement très attaché. Je suis heureux, toutefois, que l'entreprise ait su, malgré tout, préserver son savoir-faire d'imprimeur. Là encore, le contexte est lourd et douloureux mais l'avenir est devant nous et il faut aller de l'avant.
Le plan de sauvegarde de l'emploi (PSE), signé début 2005 au niveau du groupe, concernait 250 salariés. Il reste 19 personnes à reclasser, essentiellement des ouvriers sous décret. Un autre PSE lié à la cession de notre unité de Choisy-le-Roi en septembre 2008 portait sur 72 personnes. Là aussi, 35 personnes doivent encore être reclassées. Au total, près de 1 000 personnes ont quitté l'Imprimerie Nationale depuis 2003, en grande majorité dans le cadre de cessions que nous avons réalisées. Celle de Choisy, en septembre 2008, clôt ce plan. Les salariés qui sont partis, hors cessions, l'ont fait dans de bonnes conditions, même si tout licenciement est forcément difficile à vivre et si tous ne sont pas aujourd'hui reclassés.

C : Quelles sont aujourd'hui les activités de l'Imprimerie Nationale ?
D.T. : L'entreprise se redéploie autour de son cœur de métier qui est le document, décliné en trois pôles : le fiduciaire avec la réalisation de documents sécurisés et personnalisés, notre mission première étant de protéger l'identité de chacun des Français : le document imprimé avec la plateforme graphique et le continu ; et le document électronique qui impose des solutions pour des échanges et un archivage sécurisés que nous avons toute légitimité à offrir aux administrations et aux entreprises.
Nous avons une quatrième activité qui concerne le livre d'art et qui occupe une place importante dans notre histoire : c'est l'atelier du livre d'art et de l'estampe qui fait vivre la tradition d'excellence de l'Imprimerie Nationale et entretient un patrimoine unique au monde, le cabinet des poinçons.
Nous sommes installés sur trois sites, paris, Douai et Ivry-sur-Seine. A Douai, où travaillent 500 personnes, nous avons regroupé et modernisé nos ateliers fiduciaires. Après de très lourds investissements de sécurité, ce site a été classé PS1 (point sensible de première catégorie). Nos locaux parisiens abritent le siège, une grande partie de la plateforme graphique et la gestion électronique des documents.

C : Quel rôle joue la plateforme graphique ?
D.T. : Elle doit fournir à nos clients, grands comptes, administrations, ministères, collectivités locales, etc… un produit clés en main en pilotant tous les processus de fabrication, de la conception à la distribution, en passant par l'impression, le façonnage, la sécurisation, la personnalisation, etc… La plateforme graphique dont l'objectif premier est de fournir de la valeur ajoutée au client s'appuie sur un ensemble de savoir-faire pointus et complémentaires : maîtrise des relations avec les grands comptes, connaissance des marchés publics et des procédures d'appel d'offres, capacité à conseiller les clients, créativité, connaissance du papier et des techniques d'impression, maîtrise des techniques de fabrication, connaissance du tissu des sous-traitants, etc…
Nous sommes plutôt un donneur d'ordre qu'un concurrent des imprimeurs. Un quart des documents est imprimé en interne par notre atelier continu, le reste est confié à la profession. Aussi grand soit leur savoir-faire, nos sous-traitants n'ont ni la taille suffisante ni les moyens de traiter directement avec les grands comptes ou les grandes administrations. Sans notre plateforme graphique, ils n'auraient, pour la plupart, jamais accès à ces marchés.

C : En quelques années, l'Imprimerie Nationale a fortement diversifié son activité ?
D.T. : Avec notre filiale ChronoServices, nous assumons, par exemple, une délégation de service public du ministère des Transports pour produire et gérer les cartes de chronotachygraphe pour les transporteurs français, la boite noire des poids lourds et des cars. Nous enregistrons les demandes des cartes, et contrôlons la validité. Nous gérons les pertes, les vols, les incidents, tout cela depuis un centre d'appel installé sur le site de Douai. Avec une autre de nos filiales, Saqqarah International, nous développons la dématérialisation des documents administratifs et fiscaux. Nous assurons l'échange électronique de documents de gestion. Ou nous proposons une prestation complète à l'export, soit la conception et l'émission de documents fiduciaires intégrant des sécurités. Mais nous travaillons aussi sur la lutte contre la contrefaçon et la fraude. Il s'agit, par exemple, d'héberger et de gérer des bases de données qui stockent les immatriculations apposées sur les produits manufacturés ou leur emballage, ou de produire, si besoin, des supports de marquage sous forme d'étiquettes sécurisées.

C : Avez-vous l'intention d'embaucher et d'investir dans des machines ?
D.T. : Oui. Nous avons besoins de nouvelles compétences, car les métiers de la sécurité identitaire sont en pleine évolution et qu'il nous faut sans cesse intégrer de nouveaux supports et de nouvelles technologies. Nous devons aussi faire évoluer les compétences des salariés, les accompagner. Et surtout leur donner des perspectives, car, quelque soir la structure sociale, le changement fait peur.
Nous continuons à investir dans notre outil industriel pour intégrer les nouvelles technologies et rendre un meilleur service. Mais nous le faisons de manière sélective, là où l'investissement peut générer de la valeur. Nous désinvestissons aussi, sans remettre les matériels sur le marché.

C : Que devient l'atelier du livre ? Et quelles solutions envisagez-vous pour le faire vivre ?
D.T. : J'ai un grand intérêt pour l'Histoire et je suis très attaché à la préservation de ce patrimoine unique que je souhaite faire vivre et rendre accessible au grand public. L'atelier du livre se partage actuellement entre Douai et Ivry-sur-Seine. Il emploi une quinzaine de personnes qui y réalisent des ouvrages de bibliophilie et des produits de luxe et y font vivre des techniques comme la lithographie ou la phototypie. L'Imprimerie Nationale a près de 500 ans. Nous pouvons bien consacrer deux à trois ans à trouver une solution intelligente pour valoriser ce patrimoine et les savoir-faire qui y sont associés. Avec l'Etat, des partenaires privés, etc… Je suis ouvert à toutes les propositions.

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